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INFO
Ni prophétie sinistre, ni voile pudique sur la réalité qui nous attend, le troisième rapport sur l'état de l'environnement mondial était présenté mercredi soir à Bruxelles. Deux scénarios sont envisagés à l'horizon 2032. Un pessimiste, sous l'emprise des « Marchés ». Un optimiste, marqué par la « Durabilité ».
La
Terre
va
mal.
Très
mal.
C'est
le
bilan
sans
fioriture
du
troisième
rapport
dressé
par
le
Programme
des
Nations
unies
pour
l'environnement
(PNUE).
Dévoilée
mercredi
soir
à
Bruxelles
par
Klaus
Topfer,
directeur
exécutif
du
PNUE,
cette
somme
dressée
par
un
millier
d'experts
évalue
les
politiques
menées
depuis
trois
décennies
par
les
gouvernements.
L'état
des
lieux
est
sans
fard
dix
ans
après
le
sommet
de
Rio.
Il
traduit
une
inquiétude
majeure
trois
mois
avant
le
sommet
de
Johannesbourg.
Scénario pessimiste
L'humanité est à une étape cruciale de son évolution... Trente ans après la première conférence de Stockholm et dix ans après celle de Rio, le rapport GEO-3 a été dressé par le PNUE (Programme des Nations unies pour l'environnement). Ce document présente quatre scénarios majeurs. L'horizon de GEO-3, c'est 2032. Ci-dessous, la thèse pessimiste dite « Marchés ». Elle prend pour hypothèse, à politique inchangée, un triomphe des forces du néolibéralisme.
Terre. En 2002, on recense plus de six milliards d'humains. Soit 2,2 milliards de plus qu'en 1972. Près de 40 % de la population mondiale vit désormais à moins de 60 kilomètres de la mer. A l'horizon 2032, 70 % de la surface de la terre seront « affectés » par l'impact du développement des villes, des routes, de l'irrigation intensive et d'autres infrastructures si aucune action urgente n'est entreprise. C'est l'Amérique latine et les Caraïbes qui seront les régions les plus fortement touchées (80 % des superficies); viendraient aussitôt après l'Asie et le Pacifique. Dans cette région, plus de 75 % des terres pourraient être affectées du fait d'une croissance des infrastructures trop rapide et mal conçue. Les villes d'Europe ne s'étendent pour leur part qu'à raison de 2 % à l'horizon 2032.
Eau potable. Deux milliards d'hommes, soit un tiers de la population mondiale, sont dépendants des eaux souterraines. Dans certaines parties de l'Inde, de la Chine, de l'Asie occidentale, et notamment de la péninsule Arabique, de l'ex-Union soviétique et de l'Ouest des États-Unis, le niveau de la nappe phréatique baisse. Aujourd'hui, près de 60 % des grands fleuves sont fortement pollués et menacés. En 2032, plus de la moitié des humains auront des difficultés à se procurer de l'eau potable. Aujourd'hui, ils sont 40 % à vivre ce drame. L'ouest de l'Asie (95 % de la population) et les régions du Pacifique (65 %) sont les premières visées en termes de populations concernées.
Biodiversité. Les forêts un tiers de la surface de la terre ont fondu de 2,4 % depuis 1990. La plus grosse perte est enregistrée en Afrique (52,6 millions d'hectares). La perte d'habitats pour la majorité des espèces grandit. Douze pour cent des oiseaux et vingt-cinq pour cent des mammifères sont aujourd'hui menacés. Le scénario Marchés évoque une menace sans pareille sur la vie sauvage. Et donc sur l'homme.
Les régions côtières et marines. Les eaux d'égout sont actuellement la plus grande source de pollution issue en grande partie des pays industrialisés. Combinées à la fertilisation des sols (agriculture intensive) et aux eaux de ruissellement terrestres (transport routier), ces contaminations ont porté la pollution marine à un niveau jamais atteint. Dans le scénario Marchés, la charge d'azote, qui est un indicateur d'un large éventail de polluants d'origine terrestre, augmente partout alors que son augmentation dans les eaux côtières européennes est généralement moins grave. La côte méditerranéenne subira cependant une dégradation globale.
Atmosphère. La gravité des catastrophes causées par le climat augmente. Durant les années nonante, 90 % des victimes de ces catastrophes ont péri par suite des inondations, des tempêtes et des sécheresses. Elles trouvent en majorité leur origine dans le phénomène du réchauffement mondial, dont les effets pourraient perturber gravement les conditions météorologiques au cours des prochaines décennies. Par ailleurs, les émissions de dioxyde de carbone, le premier gaz responsable de l'augmentation de l'effet de serre et du réchauffement climatique, continue à croître. Dans ce scénario pessimiste elles atteignent 16 milliards de tonnes en 2032. La concentration de CO2 dans l'atmosphère sera deux fois plus importante que dans l'ère préindustrielle.
Scénario optimiste
En guise de préambule au scénario « Durable » , dit optimiste, cette déclaration de Klaus Toepfer, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement : Nous avons entre nos mains déjà des centaines de déclarations, d'accords, de directives, de traités légalement contraignants conçus pour remédier aux problèmes de l'environnement et écarter les menaces qu'ils posent pour la faune et la flore sauvages, la santé et le bien-être des hommes. Ayons maintenant le courage politique et trouvons les moyens novateurs de financer l'action nécessaire pour appliquer ces accords et pour guider l'évolution de la planète Terre vers un terrain plus salubre, vers une plus grande prospérité.
Terre. Dans le scénario « Durable », la superficie totale construite continue à augmenter, mais elle diminue légèrement en Amérique du Nord et en Europe, en dessous de 2 %, à mesure que des politiques d'urbanisme mieux conçues, comportant la construction de villes plus ramassées et de superficie plus réduite, sont adoptées. La croissance démographique devrait cependant se poursuivre pour se stabiliser en 2070 à neuf milliards d'individus quel que soit le scénario envisagé.
L'eau. Des améliorations ont été apportées dans des domaines tels que la qualité de l'eau des rivières en Amérique du Nord et en Europe. La Belgique est encore à la traîne sur ce plan. A l'horizon 2032, la proportion de personnes vivant dans des régions frappées par un stress hydrique grave reste à peu près constante. Elle ne diminuera qu'à la faveur de méthodes de gestion plus efficaces permettant de réduire les prélèvements d'eau, en particulier pour l'irrigation. En Asie occidentale, la proportion restera de l'ordre de 90 %, mais elle diminue de moitié aux États-Unis, tandis qu'en Europe elle diminue d'un tiers actuellement, à un peu plus de 10 % en 2032.
La biodiversité. Même dans une projection optimiste, les impacts produits par la construction d'infrastructures ou l'éradication de forêts primaires au profit de l'agriculture continuent à s'alourdir, puisqu'ils concernent 55 % des zones touchées actuellement. Un peu moins de 60 % des terres en Amérique latine et dans les Caraïbes subissent les effets de ces constructions d'infrastructures en 2032, et un peu plus de 40 % en Asie occidentale. La situation se stabilise après 2032. Le scénario « Durable » ne chiffre pas l'impact précis sur l'avenir des espèces. Un signe encourageant : depuis 30 ans, les espaces naturels protégés ont quintuplé.
Les zones côtières et marines. Une meilleure gestion des eaux usées et des eaux de ruissellement se traduira d'ici trente ans par une augmentation moins importante de la pollution côtière, sauf en Asie occidentale.
L'atmosphère. L'action internationale de reconstitution de la couche d'ozone, qui est le bouclier protecteur de la Terre, par une réduction de la production et de la consommation de chlorofluorocarbones (CFC) est un succès notable enregistré par le rapport Géo3. Un modèle à suivre au plan climatique. Car au XXIe siècle, le thermomètre sera à la hausse. Pour lutter contre le réchauffement, la lutte contre les émissions de dioxyde de carbone s'impose. Seule une modification radicale des comportements, alliée à l'introduction vigoureuse de mesures d'amélioration des rendements énergétiques et le développement d'énergies renouvelables, laissent présager une baisse de ces émissions. La ratification du protocole de Kyoto, qui balise les réductions d'émissions, par une majorité de pays industrialisés (à l'exception des Etats-Unis), est sans doute une des « vraies » sources d'optimisme pour l'avenir. En 2032, les émissions mondiales de dioxyde de carbone sont inférieures à 8 milliards de tonnes par an. Cependant, en raison du temps que mettent les phénomènes à se propager dans les systèmes climatiques, les concentrations dans l'atmosphère commencent à se stabiliser vers 2050 seulement.
Source : Le Soir
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